Le fruit défendu

Olivier Breuleux
le 13 novembre 2016

Il était une fois une petite princesse d'Écosse qui adorait les fruits. Elle dévorait les pommes autant que les fraises, les figues ou les gros melons d'eau, et elle s'était donné pour objectif de goûter un jour à tous les fruits de la Terre.

Grandiron, le roi d'Écosse, que l'on avait surnommé le Lion en raison de son immense tignasse rousse, l'amena un jour à la grande falaise pour lui montrer la grandeur de l'océan.

— Mon royaume s'arrête ici, lui dit-il, à la limite de l'océan infini.

Grandiron vénérait l'océan, qui selon lui était la première chose que Dieu avait créée.

La princesse s'avança jusqu'au bord de la falaise en tenant fermement la main de son père. Elle ne voulait pas aller trop proche, car elle avait le vertige et le vent soufflait fort. Une mer faite de vagues et d'écume s'étendait à perte de vue. C'était beau, mais un peu monotone : pourquoi l'océan devait-il être bleu, alors que le ciel l'était déjà ?

Mais se penchant pour regarder en bas de la falaise, elle y vit quelque chose de bien plus intéressant.

— Père ! Qu'est-ce que c'est que cela ?

Tout en bas, il y avait un petit lopin de terre sur lequel un grand arbre poussait. Et sur la plus haute branche de cet arbre se trouvait un gros fruit jaune. Elle n'avait jamais rien vu de tel, et sa bouche se mit à saliver à imaginer le goût qu'il pourrait bien avoir.

Voyant la même chose, son père pâlit et lui tira le bras.

— Rentrons à la maison, dit-il.
— Mais père ! Le fruit ! Le fruiiitttt !
— Il n'y a pas de fruit.
— Si ! Je l'ai vu !
— Écoute-moi bien, ma petite, dit finalement Grandiron en la tenant fermement par les épaules. Cette falaise est dangereuse. Bien des gens sont morts en tombant sur les rochers en bas. Promets-moi que tu ne feras pas de bêtises.
— Je le promets, dit la princesse d'une toute petite voix.

Mais elle souriait dans sa tête, car pour elle, goûter un nouveau fruit n'était jamais une bêtise.

La nuit-même, la petite princesse s'évada du château, descendant par la fenêtre à travers laquelle elle contemplait parfois la lune en se demandant s'il était possible de croquer dedans. Elle courut à la lumière de celle-ci vers la falaise qui marquait la frontière de son pays.

La falaise était très très haute, et il lui était impossible d'atteindre le fruit qui pendait tout juste à mi-chemin. La princesse longea le littoral pendant un moment avant de trouver ce qu'elle cherchait, une sorte de chemin escarpé par lequel elle pouvait descendre sans se casser la marboulette.

Petit à petit, en faisant très attention, elle descendit jusqu'à une crête qu'elle suivit jusqu'au petit lopin de terre. C'était facile ! se dit-elle toute fière. Il ne lui restait plus qu'à grimper l'arbre jusqu'au fruit défendu. Elle sauta sur le tronc, mais il était glissant et elle faillit tomber dans l'eau. C'est alors qu'elle eut l'idée de grimper de l'autre côté de l'arbre qui faisait face à la falaise. Il y avait un petit espace entre les deux.

Elle se mit donc à grimper, dos contre le roc, jusqu'à ce que le fruit soit à portée de main. Elle dut se tortiller pour l'atteindre, mais elle réussit finalement et elle croqua immédiatement dedans… à pleines dents !

Le fruit était le plus délicieux qu'elle avait jamais goûté. Il goûtait la pomme, la fraise, le melon et le miel, tous en même temps, un mariage divin. Elle mit les graines dans sa poche pour pouvoir les planter dans son jardin et elle commença à descendre de l'arbre pour revenir chez elle.

Hélas ! À sa grande horreur elle s'aperçut qu'elle était coincée ! Pas moyen de bouger et de s'extirper, pas moyen de monter, pas moyen de descendre.

La petite princesse se trouva prise… entre l'arbre et l'Écosse !


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